La douleur pelvienne chez l’homme : vous croyez connaître la chanson? Rien n’est moins sûr!

Si vous êtes un homme et que vous ressentez une douleur dans la région pelvienne, vous êtes certainement inquiet.

Vous souffrez de troubles musculo-squelettiques dans une partie du corps que personne n’ose toucher, vous y compris car vous avez en tête le très redouté examen de la prostate.

Dans la majorité des cas, voici ce qui vous arrive : les muscles de votre plancher pelvien se sont contractés, et cette tension provoque une douleur au niveau des testicules, du pénis ou du rectum, accompagnée d’un dysfonctionnement érectile, d’envies d’uriner urgentes ou plus fréquentes et de constipation ou de diarrhée.

Chacun de vos symptômes a été traité séparément, le plus souvent lors d’une consultation chez un urologue qui, au vu de la localisation de la douleur, vous a prescrit des antibiotiques pour une infection qui ne s’est jamais déclarée.

La région pelvienne, essentielle à notre bien-être

Je m’appelle Carolyn Vandyken, je suis physiothérapeute et une partie de mon travail consiste à écouter mes patients pour les aider à retrouver leur vie d’avant, celle où la douleur ne dominait pas. J’ai besoin de connaître leur mode de vie et les émotions qui entrent en jeu selon leur problème, en plus de savoir quelles parties du corps sont douloureuses.

J’ai travaillé jusqu’à présent en neurologie, en orthopédie et dans le domaine de la santé pelvienne. Et ce sont mes patients qui m’ont amenée à considérer les choses dans leur globalité, à tout prendre en compte : le physique, le social et l’émotionnel. Chaque jour, j’en mesure l’importance.

Il est dorénavant pour moi inconcevable de s’intéresser à l’os pubien, au coccyx et à la tubérosité ischiatique en ignorant totalement la partie la plus émotionnelle du corps : le plancher pelvien.

C’est pour lui que je me lève chaque matin, pour que nous puissions tous satisfaire trois besoins fondamentaux : uriner, aller à la selle et avoir des rapports sexuels. Ces fonctions essentielles à notre bien-être doivent être la norme et synonymes de plaisir. C’est la raison pour laquelle j’aide ces hommes et ces femmes qui souffrent de ces problèmes très courants et pourtant négligés.

La même histoire qui se répète

Si, depuis des mois, vous souffrez d’une douleur dans la région pelvienne, votre histoire ne m’est pas inconnue. Elle doit ressembler à peu de choses près à ceci :

  1. Vous travaillez en position assise et vous avez connu une forte période de stress. Ou bien vous êtes inquiet pour votre boulot, vous ramenez cette inquiétude à la maison et un stress latent a fini par s’installer dans votre vie.
  2. Vous avez commencé à ressentir une douleur sourde au niveau du rectum. Vous vous êtes interrogé mais vous n’en avez parlé à personne. On préfère éviter ce genre de conversation.
  3. Au travail, la douleur s’est faite de plus en plus présente. Elle vous embête, elle s’est mise petit à petit à occuper toutes vos pensées.
  4. Vous avez aussi remarqué des choses étranges : quand vous urinez ou quand vous éjaculez, le débit est plus faible; vous avez besoin d’uriner plus souvent et, malgré ce, vous avez l’impression que vous n’arrivez jamais à vider entièrement votre vessie. Vous vous êtes interrogé à nouveau : la vieillesse, déjà? Les problèmes de prostates qui commencent? Vous n’avez pas cherché pas plus loin.
  5. La douleur s’est intensifié : vous avez mal quand vous allez à la selle ou au cours d’un rapport sexuel. Vous commencez à vous inquiéter sérieusement : ces deux actions sont essentielles à votre bien-être. Vous décidez d’agir.
  6. Vous prenez rendez-vous avec votre médecin et vous lui décrivez vos symptômes. S’ensuit la classique analyse d’urine, et celle de fluide prostatique si vous avez de la chance. Les deux sont finalement négatives. Quoi qu’il en soit, votre médecin vous prescrit des antibiotiques et vous envoie chez un urologue. Vous devez en avoir vu plus d’un à l’heure actuelle.
  7. L’urologue vous prescrit d’autres types d’antibiotiques : il en essaie un, deux, trois, quatre… C’est maintenant votre estomac qui est en vrac! Rien ne va plus, ni votre flore intestinale ni votre vie sexuelle.
  8. Sans compter que dorénavant vous vous tenez plus souvent debout qu’assis. Du coup, vous avez mal aux pieds. Vous souffrez de fasciite plantaire, vous annonce le podiatre! Vous massez et étirez vos petons mais rien ne marche…
  9. Tout se détraque. Et soudain, c’est la panique! Allez-vous pouvoir continuer à travailler? Vous avez un loyer à payer, une famille, pas question de démissionner! L’angoisse a remplacé le stress. Votre médecin, qui vous martèle que tout va bien, vous envoie chez le psychologue, qui, à son tour, vous conseille de vous détendre et vous prescrit des anxiolytiques.

Que faire à présent?

Comment en êtes-vous arrivé là? À cause du stress, de la contraction des muscles de votre plancher pelvien – que personne n’a pensé à examiner –, et d’une réaction naturelle de l’organisme qui a rendu votre vessie, votre prostate et votre intestin plus sensibles.

Pour vous soigner, il va falloir s’occuper des trois à la fois : apaiser le stress, éliminer la tension des muscles pelviens et désensibiliser l’ensemble du système.

L’approche biopsychosociale est la solution. Elle vous permettra de remettre votre corps en ordre!

Vous n’êtes pas seul

On estime qu’un homme sur six souffre de douleurs pelviennes et un sur neuf, d’incontinence. Et qu’environ 50 % des hommes recevront un diagnostic pour inflammation ou infection de la prostate au cours de leur vie, sans analyse positive du fluide prostatique.

On dispose malheureusement de peu de statistiques sur la douleur pelvienne chez l’homme car c’est un sujet encore tabou. Quant aux rares hommes qui osent en parler et aller consulter, ils se retrouvent systématiquement chez leur urologue et peinent à trouver une solution car ce n’est pas qu’un problème de vessie. Le système nerveux reporte le stress sur l’ensemble de la région pelvienne : vessie mais aussi prostate, rectum et muscles. Et quand cette zone ne va pas bien, les autres parties du corps en pâtissent à leur tour.

Le stress, qu’il soit professionnel ou relationnel, et le rythme trépidant de notre société actuelle contribuent massivement à l’apparition de ces problèmes. Si l’on veut assurer la survie notre espèce et continuer de procréer, on se doit de protéger notre pelvis.

La meilleure façon d’y parvenir est de mettre en place des stratégies de gestion du stress. L’adoption d’un mode de vie sain, qui commence par une alimentation équilibrée et de l’exercice, permettra d’éloigner les tensions du plancher pelvien.

Pour mettre toutes les chances de votre côté, n’hésitez pas à consulter un physiothérapeute spécialisé en rééducation périnéale et pelvienne. Il est là pour accompagner vos changements de vie. En améliorant la motricité des muscles pelviens, il vous aidera à diminuer la douleur et à prendre de bonnes habitudes.

Un plancher pelvien en santé est un indispensable de la trousse de survie de l’homme d’aujourd’hui.

À propos de l’auteure
Défenseure, auteure, formatrice et chercheuse en matière de santé pelvienne, Carolyn Vandyken Ouvre dans une nouvelle fenêtre enseigne à des auditoires multidisciplinaires internationaux l’importance de normaliser la santé pelvienne en pratique orthopédique, urologique, gynécologique, sage-femme et infirmière. Elle pratique la physiothérapie à Huntsville, en Ontario.
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