Huit mythes tenaces sur le plancher pelvien

Je suis physiothérapeute et je me spécialise dans la santé des femmes. Une grande partie de mon travail consiste à aider des patientes qui souffrent d’une dysfonction du plancher pelvien, une situation qui se produit lorsque la « courroie » qui soutient les organes pelviens ne fonctionne pas de manière optimale.

 

Parmi les troubles les plus fréquents, citons l’incontinence urinaire (perte de contrôle de la vessie), l’incontinence fécale (le même problème, mais au niveau des intestins) et le prolapsus des organes pelviens (faiblesse musculaire entraînant la descente d’organes dans le vagin). Les douleurs lors des rapports sexuels, l’hyperactivité vésicale et la constipation font aussi partie des préoccupations courantes.

 

Bien que communes, les dysfonctions du plancher pelvien ne sont pas « normales » et elles ne vont pas obligatoirement de pair avec le vieillissement. Si vous souffrez toutefois d’une telle dysfonction, la physiothérapie peut vous aider.

 

Dans mon travail, je réponds à de nombreuses questions de patientes au sujet de leur plancher pelvien. Je suis heureuse de clarifier tout « mythe » soumis à mon attention.

 

Voici les huit mythes que j’observe le plus souvent dans ma pratique :

 

  1. Mythe : Il est normal de souffrir d’incontinence urinaire après un accouchement ou avec l’âge.

FAIT : C’est courant – mais pas normal.

Affirmer que quelque chose est normal, c’est accepter que ce soit inévitable et qu’il n’y ait rien à faire pour changer la situation.

C’est un peu comme dire que les blessures du ligament croisé antérieur sont normales chez les joueuses de soccer. S’il est vrai qu’il s’agit de lésions courantes, dont la prévalence est élevée chez ces athlètes, elles ne sont pas considérées comme normales. De plus, les athlètes mettent en œuvre des mesures préventives pour les éviter.

Environ 3,3 millions de Canadiens souffrent d’incontinence urinaire. Arrêtons de normaliser une dysfonction que la physiothérapie peut traiter.

 

  1. Mythe : Il est normal d’éprouver des douleurs pelviennes et lors des rapports sexuels après un accouchement par voie vaginale.

FAIT : Bien que les douleurs post-partum soient fréquentes, une douleur n’est jamais normale.

La naissance d’un enfant est un événement formidable, mais l’accouchement peut être très exigeant physiquement. Les déchirures périnéales, les épisiotomies et l’étirement des muscles pendant la poussée risquent d’entraîner des douleurs et des dysfonctions. La physiothérapie peut contribuer à les atténuer.

 

  1. Mythe : La césarienne prévient toutes les dysfonctions du plancher pelvien.

FAIT : C’est faux.

Une césarienne est une chirurgie qui consiste à pratiquer une incision dans le muscle transverse de l’abdomen et l’utérus. Comme toute intervention majeure, une césarienne peut entraîner des dysfonctions. Le muscle transverse de l’abdomen fait partie du système musculaire profond et joue un rôle essentiel dans le fonctionnement du plancher pelvien. Ni un accouchement par voie vaginale ni une césarienne ne permettent de prévenir toutes les dysfonctions du plancher pelvien. Les deux méthodes sont susceptibles de mettre le corps à rude épreuve, mais heureusement, la physiothérapie peut être utile en cas de douleur ou d’autre dysfonction.

 

  1. Mythe : Seules les femmes peuvent souffrir d’une dysfonction du plancher pelvien.

FAIT : Les hommes et les enfants peuvent aussi être touchés.

Leur anatomie est très similaire à celle de la femme. Les dysfonctions du plancher pelvien prennent diverses formes; elles ne se limitent pas à l’incontinence. N’importe qui peut en souffrir, à tout âge.

Exemple de dysfonctions du plancher pelvien courantes :

  • Incontinence urinaire
  • Prolapsus des organes pelviens
  • Dyspareunie (douleurs lors des rapports sexuels)
  • Vulvodynie/vestibulodynie (douleur autour de la vulve et du vestibule)
  • Prostatite non bactérienne chronique (inflammation de la prostate – chez l’homme seulement)
  • Constipation
  • Énurésie nocturne (pipi au lit)

Si vous êtes aux prises avec l’une ou l’autre de ces dysfonctions, votre physiothérapeute peut vous aider.

 

  1. Mythe : Tous les troubles de santé de la région pelvienne découlent d’une faiblesse du plancher pelvien.

FAIT : Habituellement, deux types de conditions peuvent causer des dysfonctions.

Certaines personnes présentent un plancher pelvien hypotonique caractérisé par un faible tonus musculaire. Ces personnes éprouvent des troubles liés à l’incontinence et au prolapsus des organes pelviens.

D’autres personnes présentent un plancher pelvien hypertonique caractérisé par des muscles trop tendus. Habituellement, elles éprouvent des troubles liés à l’urgence et la fréquence des mictions, à la constipation, ainsi qu’aux douleurs lors des rapports sexuels.

Pour être fonctionnels, les muscles du plancher pelvien doivent être capables de se contracter et de se relâcher, comme tous les autres muscles du corps.

 

  1. Mythe : Les exercices de Kegel permettent de guérir tous les problèmes de santé de la région pelvienne.

FAIT : Les dysfonctions du plancher pelvien ne sont pas toutes liées à une faiblesse musculaire. En réalité, un plus grand nombre de dysfonctions du plancher pelvien sont attribuables à une hypertension musculaire. En travaillant des muscles déjà trop tendus, on risque d’aggraver le problème.

Bien des gens ne savent pas comment effectuer une contraction de Kegel correctement. Leur tentative provoque souvent une cocontraction. Autrement dit, d’autres muscles se trouvent alors sollicités. Par ailleurs, vous pourriez exécuter une manœuvre de Valsalva (retenir votre souffle) au lieu d’une contraction de Kegel. Sans conseils appropriés, vous pourriez aussi finir par utiliser d’autres muscles que ceux que vous voulez renforcer.

Enfin, les exercices de Kegel sont généralement faits statiquement, lorsqu’on est assis à un bureau ou dans la voiture. Cependant, on ne peut pas s’attendre à acquérir de la force et de l’endurance musculaire en entraînant un muscle de cette manière. Similairement, un sprinter ne se préparerait jamais à une épreuve sportive en s’assoyant sur le divan et en contractant ses jambes de façon répétée. Les exercices de Kegel doivent être intégrés à un programme d’activité, et avant que vous vous engagiez dans cette avenue, votre physiothérapeute spécialiste du plancher pelvien doit vous examiner.

 

  1. Mythe : Toutes les dysfonctions de la région pelvienne sont causées par un trouble du plancher pelvien.

FAIT : Notre corps est un système d’os, de muscles, d’articulations et de tissus conjonctifs interconnectés et il doit fonctionner comme un tout. Tout changement dans ce système peut occasionner une dysfonction du plancher pelvien.

Prenons l’exemple suivant. Une athlète de haut niveau ressent du stress en raison de son incontinence urinaire. L’examen initial ne révèle aucun problème du plancher pelvien, et la patiente est capable de contracter et de relâcher ses muscles. Toutefois, son abdomen est tendu. Lorsqu’elle s’entraîne, cette tension accroît la pression abdominale et la force exercée vers le bas sur son plancher pelvien. Dans ce cas, le plancher pelvien de la patiente est sain – ce sont ses muscles abdominaux qui causent le problème.

 

  1. Mythe : Pour une santé pelvienne optimale, il faut laver son vagin avec du savon.

FAIT : Le vagin et la région vulvaire sont autonettoyants. On ne devrait pas les laver avec du savon.

En lavant votre vagin avec du savon, vous perturbez sa flore et l’équilibre de son pH. Le savon augmente en réalité la vulnérabilité aux infections à levure, aux infections urinaires et aux douleurs vulvaires.

Quelques conseils pour une bonne santé vulvaire :

  1. Évitez le savon et les shampoings (l’eau chaude suffit).
  2. Essuyez-vous toujours de l’avant vers l’arrière. C’est l’une des meilleures façons d’éviter de contaminer votre vagin.
  3. Portez des sous-vêtements en coton pas trop serrés le jour et aucun sous-vêtement la nuit.
  4. Si vous avez tendance à souffrir d’infections à levure ou d’infections urinaires, évitez de porter des collants.
  5. Ôtez vos vêtements mouillés et votre maillot de bain tout de suite après l’usage.
  6. Utilisez du papier hygiénique sans couleur et sans parfum.
  7. Évitez les irritants comme les lotions parfumées, les déodorants et les lingettes vaginales (vous n’en avez pas besoin, car votre vagin se nettoie par lui-même).
  8. Si vous utilisez du lubrifiant, assurez-vous qu’il est composé d’ingrédients naturels et qu’il est exempt de parabène, d’agent de conservation et d’alcool.
  9. La règle suivante est si importante que je me dois de la répéter : essuyez-vous toujours de l’avant vers l’arrière.

 

À retenir

Si vous pensez avoir une dysfonction du plancher pelvien, vous devez consulter un professionnel de la santé. Vous obtiendrez ainsi un diagnostic plus précis et un plan de traitement approprié et personnalisé.

Si vous êtes mal à l’aise, passez par-dessus votre inconfort, car il est primordial de maintenir la santé de votre plancher pelvien. N’hésitez pas à demander de l’aide – votre corps vous en remerciera!

Si vous avez des questions ou s’il y a un mythe dont je n’ai pas parlé, je vous invite à ajouter vos commentaires ci-dessous. Je serai heureuse d’y répondre au moment opportun.


À propos de Lisa

Lisa Flanders est physiothérapeute agréée au Centre de santé intégrative d’Ottawa. Elle s’intéresse particulièrement à la santé des femmes et à la physiothérapie du plancher pelvien. Elle utilise une approche globale, prend en considération les besoins particuliers de chaque patient et prodigue des soins personnalisés.

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